3 idées reçues sur le comptage énergétique

par Yannick Labrot, Directeur Technique, Neutrali

Lorsqu’on parle d’économiser l’énergie, on pense souvent au logement, aux appareils ménagers, aux transports, mais rarement à l’industrie ! Pourtant, ce secteur représente 20% des consommations finales d’énergie en France, et dispose de marges de progrès considérables. Or, quand il s’agit de maîtriser ses consommations, l’une des solutions les plus évidentes pour un bureau d’études est souvent le comptage énergétique. Pour les industriels, c’est un peu moins le cas ! Le but du comptage ? Evaluer et comprendre les écarts de consommations, pour pouvoir réagir rapidement en cas de dérives. Or, en industrie comme ailleurs, pour savoir comment s’améliorer, il faut d’abord savoir s’évaluer : c’est la philosophie du comptage. Or, nous constatons chez Neutrali que cette solution nécessite beaucoup de pédagogie … A l’approche du Congrès Gazelec, Neutrali, bureau d’études en efficacité énergétique, vous propose un petit tour d’horizon des principales idées reçues autour du comptage et quelques conseils pour bien démarrer.

Idée reçue n°1 : « ça ne vaut pas le coup ! »

Mettre en place un plan de comptage en milieu industriel ou tertiaire questionne souvent le directeur industriel, et à raison : il représente toujours un investissement. Donner un prix type serait une erreur, car il dépend totalement du contexte. Quatre facteurs principaux influent généralement sur le prix de mise en œuvre : la nature du flux compté (électricité, gaz…), son accessibilité, son importance (ampérage pour l’électricité, débit pour la vapeur…) et les dimensions du support de flux. Selon le site, qu’il s’agisse d’une PMI ou d’une immense usine de production, le coût de mise en œuvre d’un système de comptage peut varier de quelques milliers d’euros à plusieurs dizaines.

Néanmoins, et comme toujours en matière d’investissement, c’est à long-terme qu’il faut raisonner. Et dans le cas du comptage, les gains sont toujours au rendez-vous. D’après les retours récoltés par l’ADEME en 2014, les gains sont toujours compris dans une fourchette allant de quelques pourcents à plus de 20 %.  Ces chiffres peuvent parfois monter bien plus haut. Autant d’économies qui seront déduites de la facture d’énergie chaque année. Le retour sur investissement est d’autant plus rapide que l’investissement initial peut être fortement réduit grâce aux différentes aides publiques et privées. Le dispositif des Certificats d’Economies d’Energie (CEE) permet par exemple depuis janvier 2019 de faire financer son « Système de mesurage d’indicateurs de performance énergétique » (autrement dit de comptage) par des énergéticiens ou des entreprises spécialisées, les délégataires. Un autre programme d’aides lié au CEE, le PRO-SMEN[1], a pour objectif d’accélérer le déploiement de la norme ISO 50 001 dans les entreprises, dont le comptage est une pièce maîtresse. Une prime allant jusqu’à 40 000 € peut être attribuée à l’obtention de la certification et permet de rembourser une partie de l’investissement.

Idée reçue n°2 : « Je peux le faire vite (et bien) »

L’erreur fréquente est de vouloir déployer trop de compteurs la première fois, au risque d’être noyé sous une masse de données trop ardue à traiter. Au-delà d’une vingtaine de compteurs, l’industriel prend le risque de ne plus pouvoir exploiter correctement ses premières data.

La mise en place de compteurs s’opère d’abord sur les flux d’énergie (électricité, gaz, fioul, chaud, froid, vapeur) identifiés comme prioritaires, que l’on nomme dans notre jargon des « Usages Energétiques Significatifs (UES) ». Les étapes suivantes dépendent des indicateurs de performance suivis dans le cadre du comptage, qui permettent d’affiner les prochaines actions d’amélioration. Ces indicateurs peuvent être consolidés au niveau de l’usine entière (coût de l’énergie par unité de production…), ou à une plus petite échelle, comme un process ou un équipement par exemple (EER d’un groupe de production de froid, rendement des chaudières en kWh par tonne de vapeur…).

Idée reçue n°3 : « Je peux le faire tout seul ! »

Un industriel connaît parfaitement son métier et y consacre toute son attention. Il n’a souvent ni le temps ni l’expertise pour optimiser ses consommations d’énergie. On dit souvent qu’un œil extérieur est souvent crucial pour repérer les mauvaises habitudes et apporter des solutions, et pour le comptage, le constat est identique : il est toujours préférable d’être accompagné par un professionnel. Quels flux analyser ? Combien de compteurs mettre en place et comment ? Comment analyser et exploiter les données récoltées ? Quel plan d’investissement peut-on prévoir, et avec quelles aides ? En combien de temps puis-je espérer récupérer mon investissement ?

Pour un directeur de site habitué à garder le secret de ses process, recourir à un expert du comptage est parfois contre-intuitif. Mais le jeu en vaut toujours la chandelle et une fois le premier pas franchi, il ne regrette jamais son choix. On l’a dit, le comptage est aussi une histoire d’humain, puisqu’il questionne les comportements des équipes d’un site. Être accompagné par des professionnels qui savent prouver simplement le bénéfice de chaque action est du temps gagné pour tous et la garantie d’économies sur le long-terme !

[1] https://pro-smen.org/

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