Gazelec 2012 et Commodesk vous proposent une série d'entretiens avec des responsables de grandes entreprises.

 

Le premier de nos entretiens à eu lieu avec :
Emmanuel Rodriguez
, General Manager Head of Energy d'Arcelor Mittal

 

 

Quelle est la consommation énergétique du groupe Arcelor-Mittal en termes de quantité et de sourcing ?
Chaque année, le groupe consomme entre 80 et 100 Térawatt de gaz naturel - ce qui représente environ 16 % de la consommation de la France - et plus de 60 TWH d’électricité. En ajoutant les gaz industriels nécessaires au process (oxygène, azote, hydrogène…), la facture énergétique annuelle se monte à 5 et 6 milliards d’euros par an. Le gaz naturel a une double fonction : en tant que matière première et comme énergie thermique pour les fours de réchauffage. De plus, les usines sidérurgiques sont très vastes et il y a beaucoup de gaz de process générés à chacune des étapes du process. Ces gaz de process sont soit valorisés en interne soit utilisés pour faire de l’électricité. Nous faisons des projections sur 15 à 20 ans pour voir comment les sites peuvent optimiser ces flux énergétiques. D’ores et déjà, les sites les plus efficients sont autonomes d'un point de vue énergétique. Au Brésil, nous avons même un site excédentaire. Notre objectif est que l’ensemble de nos sites intégrés soient autonomes énergétiquement.

Qu’est ce qui motive votre stratégie de rationalisation énergétique ?
Nous avons deux vecteurs de décision : le vecteur économique et l’émission spécifique de CO2 à la tonne d’acier. Nous rejetons environ 2 tonnes de C02 par tonne d'acier produite. Comme nous produisons 90 millions de tonnes d'acier, nos émissions atteignent chaque année, au niveau mondial, de l’ordre de 180 millions de tonnes de C02. L’une de nos principales motivations est que cet indicateur s'améliore. Nous pensons que sur tous les sites, nous pouvons mieux faire.

A ce propos, on vous reproche de gagner de l’argent car vous réduisez vos quotas de C02 avec la fermeture de vos usines?
Dire que nous baissons nos émissions de CO2 parce que nous produisons moins, n’est pas un but en soi. Nous subissons les conséquences de la crise de la sidérurgie en Europe avec 25% du marché qui est parti et qui ne reviendra probablement pas à court terme. Le bon indicateur pour la sidérurgie, c’est l’indicateur d’émission spécifique : une tonne de CO2 à la tonne produite. La question de fond pour l'Europe, c'est de baisser les émissions de C02 en valeur absolue ( Kyoto fixe un cap en Mt). Pour cela, il y a un système qui a été mis en place et chez Arcelor-Mittal, nous avons essayé d'optimiser ces nouvelles contraintes Cela nous a coûté cher (des millions d’euros rien que pour la France) afin de mettre en place les systèmes de gestion des quotas de C02. Il faut rappeler que l'Europe a respecté ses objectifs de Kyoto de faire baisser les émissions de CO2. Nous y sommes parvenus en partie grâce aux efforts des uns et des autres et en partie grâce à la crise. Mais pourquoi, cela devrait-il nous coûter davantage ? N’oublions pas que tous les sidérurgistes perdent de l'argent en Europe.

Quelle est votre stratégie en termes d’énergie renouvelable ?
Nous ne poussons pas vers le renouvelable pour deux raisons. D’abord une raison fondamentale : le renouvelable ne permet pas de produire de l'électricité pour une utilisation industrielle. Ce n’est pas fiable : il y a des aléas climatiques et nous ne décidons pas quand nous produisons. A la grande différence de l’hydro-électrique. Par ailleurs, dans le cas du photovoltaïque ou de l'éolien, ce sont des technologies qui coûtent cher et qui ne sont pas rentables. Elles ne supportent pas le coût de réseau qu'elles engendrent. Par exemple, les Allemands ont des problèmes de réseau à cause de l'éolien dans le nord du pays. En Allemagne, le renouvelable, c’est 15 à 20 milliards d'euros de subvention par an pendant 20 ans, payés à hauteur de 35 €/MWh par le consommateur final

Comment assurez-vous vos approvisionnements ?
D’abord nous avons besoin d'une vision à long terme. En fonction des pays où nous sommes présents, nous avons une approche pragmatique sur la filière. Car l’énergie reste un problème politique national lié notamment aux ressources locales. Nous avons besoin d'une base de sourcing assurée que l’on peut remplir de deux façons. Tout d’abord, l'efficience énergétique ; c’est à dire, mieux j’utilise mon énergie sur site, plus je serai autosuffisant et moins je serai dépendant du gaz naturel comme complément à mes combustibles site. C’est la vision industrielle qui fait le plus de sens et que l’on essaye de mettre en place, pas à pas, sur chacun de nos sites. Le deuxième point important, c’est de savoir que sur certains pays, nous allons avoir besoin de compléments. Donc nous rentrons dans une stratégie de long terme soit sur des actifs de production soit sur des contrats. Dans les pays ou la fourniture est encore régulée, nous bénéficions avant tout d’une visibilité politique. Par ailleurs, nous avons besoin de flexibilité car les marchés de la sidérurgie sont assez mouvementés.

Et de fait comment adapter cette stratégie aux aléas politiques ?
Parmi les pays où nous sommes implantés, le plus gros challenge en terme d'énergie, c'est l'Afrique du sud où il y a un choc de l'offre et de la demande (car le gouvernement veut rendre accessible l’électricité à tous et l’industrie électrique a sous investi pendant 20 ans). Dans ce pays, le prix de l'électricité est passé en 10 ans d'un des moins chers du monde au niveau des prix européen (donc parmi les plus élevés). Il y a des enjeux énormes où nous cherchons des solutions avec toutes les parties en présence. Par ailleurs, notre vision long terme fait que nous exploitons certaines centrales électriques mais ce n’est pas notre cœur de métier ; nous ne sommes pas des opérateurs électriques. Aussi, recherchons nous des partenariats avec les électriciens car pour faire les choses bien, il y a un intérêt mutuel à faire les choses ensemble. De façon pratique, comme nous sommes beaucoup plus internationaux que nos partenaires possibles, nous devons discuter avec tout le monde. Nous devons trouver le bon énergéticien dans le bon pays. L’important est d’avoir un accès à un coût d'énergie pour la partie de nos besoins que nous voulons sécuriser à long terme

En France, vous faites partie du consortium Exeltium et vous vous êtes alliés avec la SNCF, Rhodia et Vattenfall pour tenter d’emporter des concessions hydroélectriques. Où en est ce dernier projet ?
L’ouverture des concessions hydro-électriques nous intéresse car la production de barrage c’est de la production en pic qui permettra de compléter ce que l'on fait avec Exeltium. Mais le processus est très long et complexe et force est de constater que le projet prend du retard. Le nouveau gouvernement n’a pas encore partagé sa vision sur l’hydroélectrique. Nous sommes donc dans l’attente d’une décision. Peut être à l’occasion de la conférence environnement devant lancer le débat sur la transition énergétique


N’êtes vous pas tenté d’intervenir davantage dans la production en amont?
Aujourd’hui, nous nous intégrons en amont dans le charbon à coke et dans le minerai de fer. C'est la priorité du groupe car nous ne sommes pas autosuffisants. N’oublions pas que la Chine représente 50% de production mondiale d’acier brut et que la loi interdit aux compagnies étrangères de détenir des participations majoritaires. Cette stratégie mobilise beaucoup d’investissement mais générera demain beaucoup de valeur. Mais aller dans l’amont énergétique, n’est pas une priorité. Nous regardons donc les opportunités de façon pragmatique.


Que pensez-vous de la politique énergétique qui est menée en France ?
Aujourd’hui, économiquement, pour l'industrie, il y a trois ou quatre vecteurs de compétitivité :
* Le coût horaire de la main d'œuvre
* les subventions à l'export
* l’innovation
* la politique énergétique

En France, il y a un consensus non partisan qui fait que ça n’a jamais été et ne sera jamais le point 1. L’export ?
Nous n’avons jamais eu de vraie politique de l’export en France. L’innovation est et reste soutenue par le crédit d’impôt recherche notamment. Reste le quatrième point. L’énergie a été une vraie politique industrielle dans les années 70 et 80. Nous l’avons surement, collectivement, oublié. Le nucléaire, où la France possède une véritable compétence, peut nous aider à y parvenir mais Il faut arriver à trouver un bon équilibre entre toutes les parties prenantes. Avant tout, ce que nous demandons en tant qu’industriel c’est de la visibilité et de la stabilité pour renforcer notre compétitivité.

 

 



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